La convergence entre la puissance de calcul miniaturisée et les solutions de virtualisation open source ouvre des perspectives fascinantes pour les passionnés de technologie et les administrateurs de systèmes domestiques. L’arrivée du Raspberry Pi 5, avec ses performances considérablement accrues, le positionne comme un candidat sérieux pour des tâches autrefois réservées à des serveurs dédiés. L’un des usages les plus prometteurs est de le transformer en un hyperviseur complet grâce à Proxmox, une plateforme de gestion de virtualisation réputée. Cependant, Proxmox étant conçu pour l’architecture x86-64, son installation sur le processeur ARM du Raspberry Pi nécessite un projet de portage spécifique : Pimox. Ce guide détaillé explore la procédure complète pour déployer un environnement de virtualisation robuste sur ce micro-ordinateur, ouvrant la voie à la gestion centralisée de services de domotique, de laboratoires de test ou de serveurs légers.
Présentation de Proxmox et Pimox sur Raspberry Pi 5

Le Raspberry Pi 5 : une révolution miniature
Lancé fin 2023, le Raspberry Pi 5 marque une étape significative dans l’évolution des ordinateurs monocartes. Il est équipé d’un processeur Cortex-A76 quad-core 64 bits, offrant des performances deux à trois fois supérieures à celles de son prédécesseur. Couplé à une mémoire vive LPDDR4X, disponible en versions 4 Go et 8 Go, il dispose désormais de la puissance nécessaire pour gérer simultanément plusieurs systèmes d’exploitation virtualisés. Cette montée en gamme en fait une plateforme de choix pour construire un micro-serveur à faible consommation énergétique, capable d’héberger des applications complexes avec une efficacité surprenante. Son rapport puissance-prix est tout simplement inégalé pour des projets de virtualisation à petite échelle.
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Raspberry Pi 5 8 GB Quad-Core ARMA76 (64 Bits - 2,4 GHz)
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Raspberry Pi 5 (16 Go)
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Raspberry Pi 5 4GB Quad-Core ARMA76 (64 Bits - 2,4 GHz)
Proxmox VE : la virtualisation open source démocratisée
Proxmox Virtual Environment, ou Proxmox VE, est une solution de virtualisation de serveurs open source basée sur Debian. Elle intègre deux technologies de virtualisation : KVM (Kernel-based Virtual Machine) pour les machines virtuelles complètes et LXC (Linux Containers) pour une virtualisation légère au niveau du système d’exploitation. Sa principale force réside dans son interface web centralisée, qui permet de gérer facilement des machines virtuelles, des conteneurs, le stockage et les réseaux sans avoir à maîtriser des lignes de commande complexes. Contrairement à des solutions propriétaires, Proxmox n’impose pas de matériel spécifique et offre une flexibilité remarquable, ce qui le rend idéal pour les environnements de test et les infrastructures domestiques.
Pimox : le pont entre Proxmox et l’architecture ARM
Le défi majeur pour faire fonctionner Proxmox sur un Raspberry Pi réside dans l’incompatibilité d’architecture. Proxmox VE est développé et maintenu officiellement pour les processeurs x86-64 (Intel/AMD), tandis que le Raspberry Pi utilise une architecture ARM64. C’est ici qu’intervient Pimox. Il s’agit d’un projet communautaire qui porte les paquets et les dépendances de Proxmox pour les rendre compatibles avec l’architecture ARM. Grâce à un script d’installation, Pimox adapte l’environnement Debian du Raspberry Pi pour y intégrer tous les composants de Proxmox, transformant ainsi le petit ordinateur en un véritable nœud d’hyperviseur fonctionnel.
Maintenant que les acteurs principaux de cette configuration sont identifiés, il est essentiel de rassembler l’ensemble des composants matériels et logiciels requis avant de se lancer dans l’installation.
Prérequis matériels et logiciels pour l’installation
Le matériel indispensable
Pour garantir une installation stable et des performances optimales, la sélection du matériel est une étape cruciale. Une configuration minimale robuste est nécessaire pour éviter les goulots d’étranglement. Voici la liste des composants recommandés :
- Un Raspberry Pi 5 : La version avec 8 Go de RAM est fortement conseillée pour faire tourner plusieurs machines virtuelles confortablement. Le modèle 4 Go reste viable pour des conteneurs LXC ou une seule VM légère.
- Une alimentation officielle : L’alimentation USB-C de 27W (5V/5A) est impérative pour fournir une puissance stable, surtout lorsque des périphériques énergivores comme un SSD sont connectés.
- Un système de refroidissement actif : Le Raspberry Pi 5 peut chauffer considérablement sous charge. Un ventilateur officiel ou un dissipateur thermique de qualité est indispensable pour éviter le throttling (bridage thermique) du processeur.
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Active Cooler pour Rasp-Pi 5 Ulegqin Active Cooler Radiateur de refroidissement actif avec ventilateur soufflant à température contrôlée Dissipateur thermique en aluminium Compatible avec Rasp-Pi 5
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- Un support de stockage performant : Si une carte microSD peut suffire pour des tests, l’utilisation d’un SSD NVMe via un adaptateur HAT est vivement recommandée pour l’exploitation. Il offrira des débits et une fiabilité bien supérieurs, essentiels pour la virtualisation.
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Geekworm X1001 PCIe to M.2 NVMe SSD Shield Top for Raspberry Pi 5
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- Un câble Ethernet : Une connexion réseau filaire est préférable pour assurer la stabilité et la bande passante nécessaires à un serveur.
Les logiciels nécessaires
Du côté logiciel, la préparation est tout aussi importante. Assurez-vous de disposer des éléments suivants avant de commencer :
- Une image officielle de Raspberry Pi OS Lite (64-bit) ou de Debian 12 (Bookworm) pour ARM64. Une version 64 bits est obligatoire.
- L’utilitaire Raspberry Pi Imager ou un logiciel équivalent comme BalenaEtcher pour flasher l’image du système d’exploitation sur votre support de stockage.
- Un client SSH, tel que PuTTY pour Windows ou le terminal natif sur macOS et Linux, pour vous connecter à distance à votre Raspberry Pi une fois celui-ci démarré.
Considérations sur le stockage
Le choix du support de stockage a un impact direct sur les performances de votre hyperviseur. Le tableau ci-dessous compare les deux options principales.
| Critère | Carte microSD | SSD NVMe |
|---|---|---|
| Performance (IOPS) | Faible | Très élevée |
| Fiabilité / Durée de vie | Limitée (cycles d’écriture) | Élevée |
| Vitesse de lecture/écriture | Modérée | Très rapide |
| Coût | Faible | Plus élevé |
Une fois l’ensemble de ces prérequis matériels et logiciels réunis, l’étape suivante consiste à préparer le Raspberry Pi 5 en installant et en configurant le système d’exploitation de base.
Préparation et configuration initiale du Raspberry Pi 5

Installation du système d’exploitation Debian
La première étape consiste à installer une base système propre. L’utilisation de Raspberry Pi Imager est la méthode la plus simple. Sélectionnez votre Raspberry Pi 5, choisissez l’image de « Raspberry Pi OS Lite (64-bit) » et votre support de stockage (carte microSD ou SSD). Avant de lancer l’écriture, accédez aux paramètres avancés (icône d’engrenage) pour préconfigurer des éléments essentiels : définissez un nom d’hôte, activez le SSH, créez un utilisateur avec un mot de passe sécurisé et, si besoin, configurez les informations de votre réseau Wi-Fi. Cette approche, dite headless, vous permettra de vous connecter directement au Pi via le réseau sans avoir besoin de clavier ni d’écran.
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Première configuration du système
Une fois l’image flashée et le Raspberry Pi démarré, connectez-vous en SSH en utilisant l’adresse IP de l’appareil et les identifiants que vous avez configurés. La première chose à faire est de mettre à jour le système pour s’assurer que tous les paquets sont à jour. Exécutez les commandes suivantes :
sudo apt update && sudo apt full-upgrade -y
Il est également fortement recommandé de configurer une adresse IP statique. Un serveur doit avoir une adresse IP fixe pour être accessible de manière fiable sur le réseau. Vous pouvez le faire en modifiant le fichier de configuration du service `dhcpcd` ou via l’outil de configuration réseau de votre système.
Modification du fichier /etc/hosts
Proxmox requiert que le nom d’hôte de la machine soit résolvable localement. Cette étape est impérative pour éviter des erreurs lors de l’installation et de l’exécution des services Proxmox. Vous devez éditer le fichier `/etc/hosts` pour y faire correspondre l’adresse IP de votre Pi avec son nom d’hôte. Par exemple, si l’adresse IP de votre Pi est 192.168.1.50 et que vous l’avez nommé « pve-rpi », le fichier `/etc/hosts` devrait contenir la ligne suivante :
127.0.0.1 localhost 192.168.1.50 pve-rpi.localdomain pve-rpi
Avec un système de base propre, à jour et correctement configuré sur le plan réseau, la plateforme est maintenant prête à accueillir l’installation de Proxmox via le script Pimox.
Procédure d’installation de Proxmox via Pimox

Ajout des dépôts et exécution du script
L’installation de Pimox est grandement simplifiée par un script qui automatise l’ensemble du processus. Ce script se charge d’ajouter les dépôts de paquets nécessaires, d’importer les clés de signature et d’installer toutes les dépendances requises par Proxmox. Pour lancer l’installation, il suffit généralement de télécharger et d’exécuter le script avec les privilèges root. La commande à utiliser, trouvée dans la documentation du projet Pimox, est souvent une simple ligne à copier-coller dans votre terminal SSH :
curl -sL https://raw.githubusercontent.com/pimox/pimox7/master/RPi_Install_Proxmox.sh | sudo bash
Il est essentiel de vérifier la source du script et de s’assurer que vous utilisez la version la plus récente et adaptée à votre système.
Déroulement de l’installation
Une fois lancé, le script va effectuer une série d’opérations. Il va d’abord mettre à jour les listes de paquets, puis installer les composants de base de Proxmox VE, y compris le noyau Proxmox modifié pour ARM, QEMU, LXC, et l’interface web. Ce processus peut prendre un certain temps, de 20 à 40 minutes selon la vitesse de votre connexion internet et de votre support de stockage. Il est crucial de ne pas interrompre le processus et de s’assurer que le Raspberry Pi reste alimenté et connecté au réseau pendant toute la durée de l’installation.
Vérification post-installation et premier accès
À la fin du script, un redémarrage du système est nécessaire pour charger le nouveau noyau Proxmox. Après le redémarrage, l’installation est terminée. Pour vérifier que tout fonctionne, ouvrez un navigateur web sur un ordinateur connecté au même réseau et accédez à l’interface web de Proxmox. L’adresse est la suivante, en remplaçant « par l’adresse IP statique que vous avez configurée :
https://:8006
Votre navigateur affichera probablement un avertissement de sécurité car le certificat est auto-signé. Acceptez le risque pour continuer. L’écran de connexion de Proxmox devrait apparaître. Connectez-vous avec l’utilisateur root et le mot de passe que vous avez défini pour cet utilisateur sur votre système Debian.
L’accès réussi à l’interface web marque la fin de l’installation brute. Il convient maintenant de procéder à quelques ajustements pour optimiser votre nouvel hyperviseur et le préparer à l’usage.
Configuration de Proxmox pour un usage optimal
Configuration du réseau
Par défaut, Proxmox crée un pont réseau (network bridge) nommé `vmbr0`. Ce pont est essentiel : il agit comme un commutateur virtuel qui permet à vos machines virtuelles et conteneurs de se connecter directement à votre réseau local, comme s’ils étaient des machines physiques distinctes. Vérifiez la configuration de ce pont dans l’interface web, sous `Datacenter > pve-rpi > Système > Réseau`. Assurez-vous que `vmbr0` est bien lié à votre interface Ethernet physique (généralement `eth0`) et qu’il possède la configuration IP correcte. Cette configuration est généralement gérée automatiquement par le script d’installation, mais une vérification est toujours une bonne pratique.
Gestion de l’avertissement d’abonnement
Étant une solution destinée aussi aux entreprises, Proxmox VE affiche une notification à chaque connexion vous informant que vous n’avez pas d’abonnement valide. Pour un usage personnel ou en laboratoire, cet avertissement peut être désactivé. Cela n’affecte en rien les fonctionnalités du produit. Pour ce faire, connectez-vous en SSH à votre Pi et modifiez un fichier JavaScript de l’interface. La méthode exacte peut varier légèrement entre les versions, mais elle consiste généralement à commenter une ligne dans le fichier `proxmoxlib.js` situé dans `/usr/share/javascript/proxmox-widget-toolkit/`. Une simple recherche en ligne vous fournira la commande `sed` précise pour automatiser cette modification en toute sécurité.
Optimisation des ressources
Le Raspberry Pi 5 est puissant, mais ses ressources restent limitées. Pour en tirer le meilleur parti, quelques bonnes pratiques s’imposent :
- Privilégiez les conteneurs LXC : Lorsque c’est possible, utilisez des conteneurs LXC plutôt que des machines virtuelles KVM complètes. Les conteneurs partagent le noyau de l’hôte et consomment beaucoup moins de RAM et de CPU.
- Allouez les ressources avec parcimonie : N’attribuez pas plus de cœurs de CPU ou de mémoire RAM à une VM que ce dont elle a réellement besoin.
- Surveillez la température : Gardez un œil sur la température du CPU via le tableau de bord de Proxmox. Un bon refroidissement est la clé de performances stables.
Une fois votre environnement Proxmox installé, vérifié et optimisé, vous êtes fin prêt à exploiter sa puissance en créant vos premières machines virtuelles ou conteneurs.
Premiers pas avec Proxmox : création d’une VM et gestion des ressources
Téléchargement d’une image ISO
Pour créer une machine virtuelle, vous avez besoin d’une image ISO du système d’exploitation que vous souhaitez installer. Une bonne idée est de télécharger une image compatible avec l’architecture ARM64 (aarch64). De nombreuses distributions Linux, comme Debian, Ubuntu Server ou Alpine Linux, proposent des versions pour cette architecture. Une fois l’ISO téléchargée sur votre ordinateur, utilisez l’interface web de Proxmox pour la téléverser. Allez dans la vue `Datacenter`, sélectionnez votre nœud, puis `Stockage local (pve-rpi)`. Choisissez l’onglet `Images ISO` et cliquez sur `Téléverser`.
Création de votre première machine virtuelle
La création d’une VM est un processus guidé et intuitif via l’interface web. Cliquez sur le bouton bleu `Créer VM` en haut à droite. Un assistant s’ouvrira pour vous guider à travers les étapes :
- Général : Donnez un nom et un ID unique à votre VM.
- OS : Sélectionnez l’image ISO que vous venez de téléverser et spécifiez le type de système d’exploitation.
- Système : Conservez les valeurs par défaut pour le type de machine et le BIOS (UEFI est souvent requis pour les OS ARM64).
- Disques : Créez un disque dur virtuel pour votre VM. Choisissez une taille appropriée.
- CPU : Allouez le nombre de cœurs de processeur. Pour une première VM légère, 1 ou 2 cœurs suffisent.
- Mémoire : Définissez la quantité de RAM allouée. Par exemple, 1024 Mo (1 Go).
- Réseau : Laissez le modèle par défaut, qui se connectera au pont `vmbr0`, donnant à votre VM un accès direct au réseau.
Une fois la configuration terminée, la VM apparaîtra dans le menu de gauche. Sélectionnez-la et cliquez sur `Démarrer`, puis ouvrez la `Console` pour suivre la procédure d’installation standard de votre système d’exploitation.
Surveillance et gestion des ressources
L’un des plus grands atouts de Proxmox est sa capacité de surveillance. Le tableau de bord principal de votre nœud (`Résumé`) vous offre une vue d’ensemble en temps réel de l’utilisation du CPU, de la mémoire, du stockage et du trafic réseau. Chaque VM et conteneur dispose également de son propre onglet `Résumé` avec des graphiques détaillés. Cette fonctionnalité est cruciale pour comprendre comment vos services consomment les ressources de votre Raspberry Pi, vous permettant d’ajuster les allocations pour maintenir un équilibre optimal et garantir la stabilité de l’ensemble de votre infrastructure.
Le déploiement de Proxmox sur un Raspberry Pi 5, rendu possible par le projet Pimox, transforme ce micro-ordinateur en un hyperviseur compact et économe en énergie. En suivant attentivement les étapes de préparation matérielle, d’installation du système de base et d’exécution du script Pimox, il est possible de mettre en place une plateforme de virtualisation fonctionnelle et robuste. La configuration du réseau, l’optimisation des ressources et la surveillance active sont les clés pour exploiter pleinement le potentiel de cette solution, idéale pour la domotique, l’apprentissage des systèmes ou l’hébergement de services légers.



